Deuxième appel à projets Foresea : à Centrale Nantes, l’innovation force 3

1 Juin 2017
IndustrieR&D
© BRESCHI / AAVESSELS

SEM-REV est l’un des sites d’essais en mer retenu par le dispositif européen Foresea. À l’occasion du dernier salon Seanergy, les lauréats du deuxième appel à projets ont été annoncés et trois entreprises ont été retenues pour développer leur innovation sur le site d’essais de Centrale Nantes : la FMGC et Flex Sense, toutes deux basées en Pays de la Loire, et Advanced Aerodynamic vessels (A2V) dont le siège est à Nantes. Témoignages des porteurs de projets.

 

FMGC : des câbles sous-marins qui pèsent en économies

« Dans le cadre d’Innov PME, il y a deux ans, nous avons développé un produit permettant de stabiliser les câbles sous-marins avec le concours de la société Innosea et du laboratoire du GeM à Nantes. L’objectif était de concevoir un enrobage permettant à la fois de protéger et de lester les câbles afin de remplacer les techniques traditionnelles de tranchage ou de rock-dumping. Ces méthodes sont en effet relativement lentes et leur coût peut être très élevé : un bateau pour une opération de rock-dumping représente ainsi un coût supérieur à 100 000 € par jour et il faut environ une semaine pour un seul câble. Cette solution présente également l’avantage d’être plus respectueuse de l’environnement. Pour passer de la phase du concept à la commercialisation, nous devions passer par des tests en mer et c’est ce que permettra le dispositif Foresea. Avec cette expérimentation, nous pourrons également vérifier nos estimations : il faut encore les valider, mais nous prévoyons de faire baisser le coût de la protection et du lestage des câbles d’au moins 30 %. Nous avons identifié trois marchés. D’abord celui de l’hydrolien : nous collaborons notamment avec l’entreprise bretonne Sabella afin de limiter l’impact des micro-vibrations dues aux vagues et à la houle. Notre solution est aussi adaptée à l’éolien posé et flottant dans des milieux compliqués, comme c’est le cas au large des côtes françaises (conditions de mer, houle, composition des sols marins…), mais aussi pour le raccordement et l’alimentation des îles. Nos premiers clients sont en France, mais nous discutons aussi avec des acteurs britanniques et d’Europe du Nord, notamment dans l’hydrolien.« 

Nicolas Saliot, manager technique EMR de la FMGC
www.fmgc.net

 

Flex Sense : la bouée instrumentée à petit prix

« Flex Sense a été médiatisée pour son huître connectée, mais le premier projet que nous avons développé est une bouée instrumentée. Il s’agit d’une solution de monitoring de la qualité de l’eau, qui pèse 90 kg et ne coûte que 20 000 € alors que nos concurrents proposent des produits qui peuvent coûter un million d’euros. Ce qui manque le plus souvent dans l’océanographie opérationnelle, c’est la vérité terrain. Notre bouée est une solution « low cost » qui permet de relever et communiquer des données toutes les trente minutes et jusqu’à une trentaine de kilomètres des côtes. Adaptée pour des activités au large comme l’éolien, l’hydrolien ou la culture en eaux profondes, notamment pour surveiller les infrastructures, elle peut embarquer (deux par deux) 270 capteurs immergeables pour mesurer la température, la salinité, l’oxygène dissous, le taux de chlorophylle… La bouée dispose d’une autonomie de 18 mois et se recharge en seulement 10 h. Les données sont stockées et transmises à terre pour être consultées depuis un smartphone, par exemple. Le dispositif Foresea nous permettra de tester notre solution en plein hiver et dans des conditions extrêmes. Nous allons aussi pouvoir certifier la validité des données recueillies sur la houle et le courant en les comparant avec celles transmises par d’autres bouées qui coûtent plusieurs centaines de milliers d’euros. À terme, notre objectif est de constituer un réseau maillé d’objets connectés en mer. »

Emmanuel Parlier, dirigeant fondateur de Flex Sense
www.flex-sense.com

 

A2V : le navire qui se sent pousser des ailes

« Nous travaillons sur un navire de transport rapide qui permet de diminuer l’utilisation d’énergies fossiles. Il s’agit d’un catamaran dont la nacelle a une forme d’aile d’avion qui génère une portance aérodynamique et allège considérablement le bateau. Cela permet à la fois d’aller très vite (jusqu’à 50 nœuds, en embarquant plusieurs dizaines de passagers) tout en consommant moins. Le marché prioritaire est celui des crew boats, notamment pour les industries offshore. L’objectif des essais sur SEM-REV est de mieux comprendre la tenue à la mer du bateau en confrontant nos modèles prédictifs à la réalité du terrain et de connaître précisément la « fenêtre de navigation » du bateau. Deux navires sont déjà en cours de construction et seront livrés dans quelques mois. L’un d’entre eux sera utilisé comme bateau-taxi sur le lac Léman et l’autre servira de crew boat sur une rivière au Gabon. »

Matthieu Kerhuel, président de la société A2V
www.aavessels.com

 

Foresea : 11 M€ pour booster la R&D offshore

Le dispositif Foresea regroupe quatre sites d’essais en mer situés aux Pays-Bas, en Irande, au Royaume-Uni et en France. Il s’inscrit dans le cadre du programme européen Interreg NWE (Europe du Nord Ouest) et est doté d’un budget de 11 M€. Les deux premiers appels à projet ont permis de sélectionner 25 initiatives et le troisième est prévu pour l’été 2017.